Saturday, June 24, 2017
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HAITI
Le Chili attire les migrants haïtiens
Milo Milfort
5/24/2017
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Beaucoup plus de jeunes veulent laisser le pays en raison de la crise socio-économique qui persiste.

“J’ai laissé Haïti à cause du chômage. J’ai étudié les sciences vétérinaires, mais je ne pouvais trouver aucun emploi. J’ai été obligé de renoncer à ma foi chrétienne pour aller vendre de la loterie, afin de pouvoir subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Malgré tout, je ne parvenais pas à joindre les deux bouts”, se rappelle à Noticias Aliadas Faniel Pierre, 42 ans, originaire de Fort Liberté, située dans le Nord-est d’Haïti, l’une des régions les plus pauvres du pays. Pierre vit actuellement au Chili, le nouvel eldorado de la migration haïtienne.

Comme Pierre, de plus en plus de jeunes veulent à tout prix laisser Haïti, en raison de la situation socio-économique qui ne cesse d’empirer dans ce pays de la Caraïbe.

“Haïti nous décourage. Je n’ai plus envie de rester dans un pays où il n’y a pas d’hôpitaux, ni emplois. Il n’y a rien ici!”, lance Sandro Germain, 25 ans. Son rêve est de laisser le pays dans les prochains jours.

En Haïti, la pauvreté et la misère se sont accrues. Le chômage, la dévaluation de la gourde (monnaie locale) par rapport au dollar Etats-Unien, l’inflation galopante, l’augmentation du coût de la vie, la diminution du pouvoir d’achat des ménages, l’épidémie du choléra et l’insécurité alimentaire se sont installés dans ce pays durement éprouvé durant ces 7 dernières années par deux catastrophes majeures: le tragique séisme de 2010 qui a laissé 230 mille morts et 1.3 millions de sans-abri et le passage dévastateur de l’ouragan Matthew, d’octobre 2016 qui a tué 547 personnes et affecté 2.4 millions autres.

La quête de mieux-être dans d’autres pays de la région, principalement en Amérique du Sud, est devenue une tendance assez marquée pour être préoccupante aux yeux des organismes de défense de droits humains.

“Si la migration haïtienne vers la République Dominicaine a commencé avec des paysans/agriculteurs, celle vers le Chili débute avec de jeunes professionnels et étudiants, des valeurs sûres qui malheureusement laissent le pays parce qu’elles n’ont pas d’autres alternatives”, a déclaré à Noticias Aliadas Geralda Sainville, responsable de Communication du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR), une plateforme d’organisations haïtiennes qui travaille sur la Migration.

“En raison des conditions socio-économiques dans le pays, les populations n’ont pas de moyens de subsistance. Au problème du chômage s’ajoutent les catastrophes naturelles qui les appauvrissent. L’unique façon de s’en sortir est de laisser le”, explique Sainville qui mentionne, comme cause, la déception par rapport à la gouvernance du pays et au non-respect des promesses des élus.

“On sent qu’il y a une sorte de déception collective”, note-t-elle.

A en croire Sainvillle, les décideurs devraient vite se pencher sur la question.

“La situation est inquiétante”, assure-t-elle. “C’est une migration que l’Etat devrait contrôler pour que ça ne génère pas d’autres phénomènes comme la traite de personnes”.

Le Brésil cesse d’être attractif
Depuis 2016, le Chili se dessine lentement et sûrement comme la deuxième destination de la migration haïtienne, après la République Dominicaine. En Amérique du Sud, il a détrôné le Brésil où vivait une importante communauté haïtienne qui, ces dernières années, a essayé de rentrer illégalement aux Etats-Unis à travers un long et périlleux voyage clandestin.

Si certains ont pu rentrer effectivement aux Etats-Unis, d’autres qui ont fait la route n’ont pas réussi à le faire. Selon des témoignages de migrants haïtiens dans les médias, lorsqu’ils ne sont pas attaqués par des animaux sauvages ou par la faim, ils sont violés dans la forêt Amazonienne ou restés bloqués à la frontière mexicaine avec les Etats-Unis. En janvier dernier, plus de 7000 migrants haïtiens sont restés bloqués aux frontières mexicaines avec les Etats-Unis.

Ce long périple onéreux, est effectué par des femmes enceintes, des enfants et des jeunes qui veulent fuir la crise économique frappant le Brésil. Ils traversent le Pérou, l’Equateur, la Colombie, le Panama, le Nicaragua, le Guatemala et le Mexique durant plusieurs jours à pied à travers les forêts et les cours d’eau avec l’aide de réseaux de passeurs qui opèrent sur tout le continent.

Les Haïtiens ne sont pas seuls dans cette longue traversée. Ils sont souvent accompagnés de Dominicains, d’Africains, de Cubains et d’autres voyageurs. De nombreux messages audio, dans lesquels des Haïtiens racontent ce parcours mortel, ont circulé en boucle sur les réseaux sociaux en 2016.

Après ce périlleux calvaire fait de vol, famine, viol, et emprisonnement, certains arrivés aux Etats-Unis sont capturés et déportés en Haïti par la migration américaine. Depuis quelques temps, ceux qui ont peur d’être déportés restent à la frontière mexicaine de Tijuana.

Chili est sur toutes les lèvres. Partout où l’on passe en Haïti, les jeunes l’invoquent comme leur prochaine destination. Sur les réseaux sociaux, les plus utilisés par les Haïtiens, dont Facebook comme dans les médias traditionnels, on ne cesse d’évoquer ce que l’on considère comme un phénomène de société.

Le voyage au Chili coûte environ 3000 $US. Il faut entre 1000 à 1500 $US comme argent de poche pour pouvoir payer notamment la location d’une chambre, le transport, la nourriture et les appels téléphoniques une fois arrivé. L’achat d’un billet d’avion pour le Chili via la République Dominicaine coûte environ 1200 $US.

Le visa dominicain 180-200 $US, pour un ticket de bus (aller simple) assurant le trajet Haïti – République Dominicaine 35-40 $US. Enfin, 20 $US comme taxe à payer à la frontière haïtiano-dominicaine viennent alourdir le budget. A cela peuvent s’ajouter des frais de transport et de petites dépenses diverses engagées en République Dominicaine.

L’ultime sacrifice
L’ambassadeur chilien en Haïti Patricio Utreras, a indiqué au journal haïtien Le Nouvelliste que pour se rendre au Chili, les citoyens haïtiens n’ont pas besoin de visa ; il suffit d’avoir en sa possession une pièce d’identité, le billet d’avion et de l’argent de poche tenant compte de sa durée de séjour.

“Les haïtiens sont très appréciés au Chili”, dit-il à Le Nouvelliste.

De grands sacrifices sont consentis pour collecter cet argent. Certains contractent des prêts énormes, d’autres liquident tous leurs avoirs afin de faire ce qu’ils appellent cet “ultime sacrifice”, et une autre catégorie recourt à des proches vivant en Amérique du Nord pour se payer le voyage.

Toutefois, le voyage pourrait coûter davantage tenant compte de l’implication des intermédiaires que l’on appelle “facilitateurs” qui le planifient depuis Chili. Ils réclament davantage d’argent que celui qui est nécessaire et capitalise sur le fait que le migrant haïtien ignore la réalité au risque de se faire duper.

Des économistes haïtiens expliquent que la forte communauté haïtienne qui vit au Chili et la croissance économique que connait celui-ci, constituent les principaux motifs expliquant le choix de ce pays comme destination.

“A présent, ça va mieux. Je travaille comme peintre industriel dans une entreprise qui fait de la publicité. Avec un salaire de 500 mille pesos chiliens [750 $US], sans extra-time, je parviens à payer le loyer, l’électricité, l’eau, le transport et la nourriture, mais aussi, à prendre soin de mes deux enfants qui vivent à Fort Liberté. Je paie leur scolarité à temps et je les donne à manger”, ajoute Pierre, qui n’a pas cessé de vanter les nombreuses possibilités d’emploi qu’offre le Chili.

La migration haïtienne vers le Chili constitue en tout cas un sujet de discussion au plus haut niveau. Le 27 mars, le président Jovenel Moise et son homologue chilienne Michelle Bachelet, en visite officielle en Haïti, l’ont évoqué dans leurs échanges, selon ce qu’a confirmé le président Moise.

Cette visite rentrait dans le cadre de la consolidation des liens de coopération et d’amitié entre Haïti et le Chili. Les deux pays ont signé un “Accord bilatéral pour la compatibilité ou l’équivalence et la reconnaissance d’études des cycles de l’enseignement de base ou fondamental et de l’enseignement moyen ou secondaire”.

“Définitivement, nous en avons parlé”, a déclaré Moise à presse, en référence à la migration. C’est pourquoi, nous avions signé l’accord afin de voir ce que nous allons faire en termes de coopération. Ils sont environ 60 mille [la quantité d’Haïtiennes et Haïtiens au Chili]. Nous devons faire de notre possible pour leur fournir des papiers. —Noticias Aliadas.


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La détérioration de la situation économique pousse les professionnels et étudiants à quitter le pays. / Milo Milfort
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Latinamerica Press / Noticias Aliadas
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